Quand les agricultrices deviennent entrepreneures avec Norlha

Janaki Gurung

Janaki Gurung est une jeune agricultrice de 22 ans à Thulogaun, dans le district de Rasuwa au Népal. Elle exploite aujourd’hui un élevage de chèvres dans son village. «Je veux devenir une agricultrice modèle dans mon village et montrer que les femmes peuvent également gagner leur vie et soutenir leur famille», dit-elle.

Il s’agit là d’un objectif ambitieux pour une femme dans une région rurale de l’Himalaya, où la vie est régulièrement marquée par des discriminations profondément ancrées.

Les filles et les femmes n’ont en effet qu’un accès limité à l’éducation. Dans les régions montagneuses du Népal, seules la moitié des femmes sont alphabétisées, contre 70% des hommes. En raison de l’émigration masculine, les femmes contribuent toujours davantage à l’agriculture – le pilier de la vie rurale. Une journée de travail de 16 heures est chose courante, les femmes divisant leur temps entre des travaux agricoles souvent lourds, le foyer et la famille. Des efforts qui ne sont que rarement récompensés par un revenu. En conséquence, les femmes sont surreprésentées parmi les personnes en situation de grande pauvreté.

 En finir avec l’extrême pauvreté des femmes

En 2013, nous avons lancé au Népal notre programme Kheti, dont l’objectif est la diminution de l’extrême pauvreté grâce au développement de l’agriculture. Nous souhaitions permettre aux agricultrices et agriculteurs de disposer de ressources alimentaires tout au long de l’année et de générer un petit revenu grâce à des pratiques agricoles améliorées et à la vente d’une partie de la production.

Rapidement toutefois, nous avons constaté que les femmes étaient confrontées à des obstacles supplémentaires les empêchant de bénéficier pleinement du projet.

C’est ainsi que nous avons imaginé en complément notre premier projet s’adressant spécifiquement aux femmes, Mahila: Entrepreneuriat agricole pour les femmes défavorisées. Depuis la fin 2014, nous travaillons étroitement avec 125 agricultrices et leurs familles afin de renforcer leur pouvoir de décision au sein de la famille et de la communauté et de promouvoir l’entrepreneuriat agricole.

Janaki Gurung a rejoint ce projet. Ouvrière agricole, sa participation lui a permis de concrétiser son ambition de soutenir financièrement sa famille de quatre personnes en lançant sa petite entreprise.

 Réduire le fardeau des tâches du quotidien

Comment y sommes-nous parvenu ? Nous avons commencé par alléger certains des obstacles pratiques qui empêchent les femmes des villages ruraux de s’engager dans des activités de formation et génératrices de revenus.

Pour cela, nous avons fourni de nouveaux équipements : cuisinières à gaz, réservoirs d’eau ou encore moulins. Ces équipements permettent de réduire de deux à trois heures le temps passé quotidiennement à réaliser un travail manuel épuisant. Cela a non seulement permis aux femmes de participer aux formations, mais leur a également donné plus de temps pour des activités commerciales et familiales.

L’importance de la formation

Ensuite, les espoirs de Janaki Gurung et des autres participantes ont été rendus possibles par nos formations. Nous avons commencé par mettre en place des cours d’alphabétisation. Puis nous avons organisé des formations de gestion des activités agricoles. Nous nous sommes assurés que chaque femme puisse suivre ses dépenses et ses économies, contracter un petit emprunt pour investir et accéder aux marchés agricoles afin de vendre ses biens.

Face aux stéréotypes de genre, nous avons animé des ateliers de sensibilisation pour les hommes et les femmes. Les femmes ont découvert leurs droits, ont été sensibilisées aux conséquences des discriminations et ont réalisé quel était leur potentiel. Une formation axée sur la vie et le leadership a aidé les agricultrices comme Janaki Gurung à gérer efficacement les situations difficiles dans leur vie quotidienne. « C’est grâce à la formation que je suis devenu une personne différente et plus confiante », a déclaré Janaki.

 Vers un avenir meilleur

NPL_0479Les 120 femmes qui ont participé au projet ont pu ensuite développer leurs activités et générer leurs propres revenus. Beaucoup d’entre-elles nous ont dit se sentir davantage incluses dans les décisions familiales importantes et moins dépendantes des membres de leur famille.

Aujourd’hui, Janaki Gurung gère une entreprise prospère. Dans le cadre d’un autre projet de Norlha, Kheti Rasuwa, elle a pu se former à l’élevage de chèvres et recevoir cinq bêtes afin de démarrer son activité. Elle élève désormais des chèvres jusqu’à l’âge adulte, puis les vend sur un marché voisin. Les chèvres sont populaires chez les Népalais pour leur viande et pour des rituels religieux.

Janaki Gurung gagne maintenant entre 10’000 et 15’000 roupies népalaises par mois (100 à 150 CHF), trois fois le revenu moyen dans son village. Ce revenu couvre non seulement ses dépenses mais est également épargné puis investi dans l’élevage. Autrefois uniquement considérée comme un moyen de garantir les ressources alimentaires, l’agriculture est aujourd’hui également devenue une activité source de revenus et d’indépendance pour les femmes.

© Norlha | Aide aux populations Himalayennes
Top
Rechercher